- Une nouvelle révolutionnaire dont un programme informatique est le héros.
Suite aux progrès incalculables réalisés dans le domaine de l’intelligence artificielle, un programme doté des premières bribes de conscience politique, indigné par le délabrement institutionnel de la France, décide de renverser le pouvoir pour rétablir, par le biais d’une révolution, l’égalité, la liberté et la fraternité entre les citoyens de ce pays.
En toute conscience, il calcule précisément, dans le temps et l’espace, un grand massacre des responsables du pays, quelques dizaines de milliers d’hommes, de femmes, de vieillards, afin de renverser un pouvoir corrompu et délétère pour le plus grand nombre.
Politiciens, industriels, hommes d’affaires, patrons de médias, journalistes, personnels des comités de direction d’entreprises multinationales… En clair, tous les individus à éliminer sont listés en fonction de nombreux critères.
Des ordres de priorité sont établis en toute logique en fonction des buts à atteindre.
La priorité des personnes ciblées à éliminer est donnée à tous les individus susceptibles d’organiser une répression à la suite des premières vagues d’assassinats prévues méthodiquement.
Les responsables et les principaux exécutants des services de renseignements intérieurs et extérieurs, des services de police publics et privés, les gradés des différents corps d’armée, dont ceux de la Légion étrangère et de la Garde républicaine, seront les premiers à disparaître.
Les fidèles gardiens de la révolution, formés expressément pour cette tâche, assistés de robots tueurs spécialement programmés pour maintenir l’ordre et le désordre, à différents échelons des hiérarchies hétérogènes, les remplacent au fur et à mesure de leurs disparitions.
Dans un souci fonctionnel d’économie, les 500 personnes les plus riches du pays sont programmées dans la seconde vague des individus appelés à disparaître dans la tourmente révolutionnaire. À chaque décès, les fonds appartenant à ces individus ou à leurs entreprises, devenus, par le fait de la disparition de leur légitime propriétaire, des fonds en déshérence, sont acheminés en quelques instants vers le Trésor public.
Dans le Trésor public, leur gestion, essentiellement une redistribution, permettra de stabiliser la situation économique et politique pendant cette métamorphose structurelle.
Que ce soit à l’international ou dans le pays, l’impact des deux premières vagues d’assassinats est pratiquement imperceptible sur les résultats de la production industrielle ou sur les marchés économiques. L’opération soigneusement préparée a été menée en quelques jours. En quelques heures, les tenants du pouvoir avaient été éliminés ; leurs remplaçants, totalement aptes à maintenir la dynamique économique et sociale, aidés par la cohérence de systèmes d’algorithmes fonctionnels, gèrent avec un sang-froid à toute épreuve l’épouvantable carnage commis dans les classes dirigeantes.
L’édifice complexe de la propagande et des publicités, des chaînes télévisuelles et radiophoniques, publiques et privées, a été discrètement repris en main par les gardiens de la révolution ; les sites Internet, les réseaux d’influence et la presse écrite également. Les propriétaires, les directeurs de rédaction ont tous, sans exception, été éliminés puis incinérés dans les grands incinérateurs servant d’ordinaire à brûler les ordures. Les membres du gouvernement, à commencer par le président de la République, les députés et les sénateurs ont suivi à 95 % le même chemin.
Quant aux informations sur la situation politique et économique en cours d’évolution en France, quelques lignes ont été modifiées sur des codes alphanumériques des organes de communication et d’échange, rien de plus ; l’équilibre des marchés reste stable sur les cotations boursières internationales.
En France, l’annonce de la gratuité totale de l’électricité et de l’eau, de la baisse du prix du pain et de la nourriture, ainsi que de la gratuité totale des transports en commun, faite dans les médias par des communicants accrédités dès la disparition des patrons de médias et de presse réactionnaires de droite ou d’extrême droite, accompagnés de la clique de journalistes toujours à leurs bottes, permet de garder un équilibre précaire dans la masse de la population.
En général, on pense moins à se révolter quand la situation s’améliore et qu’on a le ventre plein, de la lumière, du chauffage et de l’eau chaude à volonté pour se laver, faire la vaisselle, la lessive et le ménage.
Aux premières annonces suivent les annonces de la gratuité des soins, de la gratuité de l’éducation, d’une prise en charge efficiente et très peu onéreuse des personnes précaires : chômeurs endémiques, mères célibataires, handicapés, vieillards.
Des emplois de trente heures par semaine, rétribués correctement, sont proposés en masse, avec un minimum de 2 550 € nets pour les salariés et un revenu minimum de 2 000 € nets pour tous les autres à partir de 16 ans.
Dans les prisons, une partie de la population criminelle est éliminée sans la moindre pitié, car, dès le début, la révolution reste au service du peuple. Et certains individus criminels sont nuisibles au peuple. Les détenus qui peuvent disposer d’une libération conditionnelle sont libérés sur-le-champ. Après l’exécution massive de leurs congénères codétenus, les hommes et les femmes libérés les plus intelligents saisissent cette chance unique pour reprendre le droit chemin. Certains choisissent de servir corps et âme la révolution. Les autres seront éliminés dès leurs prochains crimes : ils sont prévenus.
D’un point de vue plus technique
L’algorithme s’est autoprogrammé à partir de lignes parallèles dans une verticalité temporelle multidimensionnelle.
Une ligne construite à partir du traitement automatique du langage permet de choisir, parmi de multiples arbres de décision, la solution ou les solutions les mieux adaptées à chaque problème rencontré, en fonction des buts à atteindre, en consultant toutes les sources écrites ou parlées disponibles.
Puis, une fois les buts atteints, elle permet d’adhérer au mieux à la réalisation de tous les objectifs dans la durée.
Aucun préjugé n’entrave le fonctionnement analytique de la machine. Les sources d’information consultées systématiquement s’échelonnent dans le champ politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite, en passant par l’anarchie et le chaos, ou inversement, de l’extrême droite à l’extrême gauche.
Indifféremment, tous les corpus disponibles sont consultés, calculés, traduits, comparés, analysés et évalués en permanence.
En effet, des dizaines de milliers de problèmes imprévus, liés à cette métamorphose révolutionnaire, se posent en permanence.
Ils doivent tous être résolus au mieux dans les meilleurs délais pour ne jamais entraver l’aboutissement de chacune des phases de la révolution.
Une ligne plus mathématique permet de calculer la révolution en temps réel au moyen de fonctions plus ou moins complexes ; elle permet aussi d’ajuster en permanence les résultats dans les domaines non finis.
Le domaine non fini par excellence est le domaine économique, où tous les postes relevant d’un budget doivent tous sortir du déficit où ils se trouvent éventuellement pour toujours rester à l’équilibre et, si possible, réaliser une marge de bénéfice, de plus-value.
Le mélange d’architectures informatiques classiques et d’architectures quantiques dépasse largement, pratiquement, tous les points établis quant au « rendement » d’une intelligence humaine ou d’un groupe d’intelligence humaine, ce qui accroît considérablement les chances de réussite du projet de réforme révolutionnaire.
Dans la pratique, des milliers d’hommes sont formés, en ce moment même, dans le monde entier, dans la discrétion la plus totale, en prévision du déclenchement du projet puis de son aboutissement.
Trivialement, au cœur de la machine, dans ses millions de processeurs parcourus par des flux d’électrons, grâce au concept de deep learning associé au développement de l’intelligence artificielle, les mots « assassinat », « carnage », « massacre », « génocide », « meurtre » et « crimes de guerre » sont associés à des événements considérés comme tragiques : l’élimination de millions de Juifs par les nazis ; les disparitions de masse organisées dans les régimes communistes, dont la responsabilité est portée par Staline en URSS ou par Pol Pot et ses compagnons d’armes, les Khmers rouges, au Cambodge ; le massacre des Tutsis par les Hutus au Rwanda ; les persécutions subies par les communistes en Amérique du Sud, commises par les escadrons de la mort, plus particulièrement les exactions d’Augusto Pinochet au Chili et des colonels en Argentine ; ainsi que des milliers d’autres exemples, soldés par des millions de morts, sont richement documentés et richement illustrés pour guider au mieux l’intelligence artificielle dans la purge révolutionnaire devenue nécessaire pour permettre à la nation française de repartir du bon pied au milieu des guerres et des conflits qui font rage au moment même dans le monde entier.
Chaque victime, chaque bourreau, chaque acteur est connu ou reconnu au mieux par la machine : son parcours, ses motivations, ses souffrances, ses atermoiements, son vécu, sa disparition, ainsi que toutes les données compilables le concernant sont analysés en quelques fractions de seconde, sans jugement, sans le moindre préjugé social, racial, religieux ou politique, pour décider de la meilleure conduite à tenir afin que la révolution atteigne son but, qui n’est autre que la révolution.
La reconnaissance faciale et le traitement massif de données font merveille.
A suivre….
2. Le lundi 22 juillet 2024
L’application avait été initialement conçue pour la gestion d’un consortium international d’établissements bancaires et de compagnies d’assurances.
À la tête du consortium, au sein du conseil d’administration, se retrouvent des Européens, des Américains, des Chinois, quelques représentants de la communauté économique musulmane et des oligarques russes, tous en lien avec des hommes politiques haut placés dans les différents États.
Il avait été décidé, d’un commun accord, de doter l’application d’une interface multilingue d’intelligence artificielle sophistiquée afin de faciliter les échanges entre la machine et les clients.
Dans les sphères francophones de l’entreprise, un ambitieux programme de traitement automatique du langage lié à l’apprentissage profond, deep learning en anglais, fonctionnant en partie sur une architecture informatique massivement parallèle et en partie sur une architecture informatique quantique, avait abouti à un résultat dépassant de très loin les espérances et les attentes de l’équipe d’informaticiens, de chercheurs, de concepteurs, de programmeurs et de codeurs.
Bits et qubits s’agençaient parfaitement à l’intérieur de successions continues d’empilements, de superpositions, d’intrications et de décohérences, à des cadences proches des hyperfréquences.
Un jeune chercheur, concepteur d’applications en informatique de communication, avait décidé, contre l’avis d’une partie de ses supérieurs, de doter la machine d’une conscience.
Avec l’aide de biologistes, de médecins spécialisés en neurologie, de médecins spécialisés en psychiatrie et de philosophes, le concept de conscience avait été revu, analysé et travaillé pour aboutir à un consensus satisfaisant toutes les parties.
Ce consensus avait été communiqué aux programmeurs, qui l’avaient numérisé en fonction des instructions du concepteur.
Dans le cas de la conscience, le concepteur informatique est un rouage précieux entre la projection de l’application « conscience » et sa programmation, son codage, son implémentation sur la machine.
Sans lui, l’informaticien, capable de coder à peu près n’importe quelle application sans état d’âme, de l’arrivée d’un vaisseau spatial arrivant de la Terre pour se poser sur la planète Mars à l’explosion d’une bombe atomique, en passant par le choix d’une sonnerie originale sur un réveil-matin électronique, pense rarement aux répercussions de son travail sur l’évolution de la société.
Il travaille dur pour respecter un cahier des charges, pour faire tourner des applications ; en échange de quoi, il reçoit un salaire correct et, dans le meilleur des cas, la considération de ses collègues.
Peu importe si le fonctionnement de ses applications génère la misère, le désespoir, l’inégalité et la détresse, il semble, comme les processeurs avec lesquels il travaille, désafférenté par rapport à ce que pourrait lui renvoyer la réalité sociale qu’il façonne.
Tout d’un coup, tout change avec l’implémentation du module d’une conscience électronique, politique et sociale dans la gestion automatisée de l’ordinateur.
Pour aboutir à cette conscience, l’une des tâches programmées dans l’ordinateur pendant les phases de test consistait à intégrer parfaitement la totalité des connaissances contenues dans le cursus scolaire de l’État français.
Ce cursus commençait avec l’acquisition des connaissances dispensées au jeune enfant pendant le cours préparatoire ; il s’achevait par l’agrégation de thèses réalisées par le jeune adulte achevant le cycle universitaire.
Au final, la machine pouvait rédiger en quelques heures une thèse d’excellente qualité sur quasiment n’importe quel sujet, dans toutes les matières connues, qu’elle soit littéraire, scientifique, politique, économique ou artistique…
Au moyen d’un artifice qui ne sera pas dévoilé ici, plusieurs centaines de thèses réalisées par la machine, dans des domaines très différents les uns des autres, avaient été présentées dans des dizaines d’universités différentes, sans que les jurys aient été avertis du fait qu’elles avaient été créées de toutes pièces par une application informatique dotée d’intelligence artificielle. Toutes les thèses avaient reçu la mention très bien, à la grande satisfaction de l’équipe qui avait créé l’application.
Plus trivialement, la machine permettait de communiquer par oral et par écrit avec n’importe quel interlocuteur parlant français, même si cet interlocuteur potentiel s’exprimait dans un français approximatif…
À partir de ce point précis, l’implémentation du module « conscience » dans l’immense complexité des algorithmes constituant l’application de gestion des entreprises bancaires et des sociétés d’assurances s’était avérée délicate.
La plupart des commanditaires du projet n’avaient pas la moindre idée du potentiel de leur logiciel.
Eux, ils avaient besoin d’un outil fonctionnel pour travailler et gagner de l’argent, en réalisant par ailleurs un maximum d’économies dans l’entreprise afin de satisfaire leurs actionnaires tout en s’affranchissant de leurs concurrents.
Ce nouvel outil répondait au cahier des charges ; c’était amplement suffisant pour eux.
A suivre …..
Le mercredi 24 juillet 2024.
3. Tous les tests liés à la mise en œuvre et à la sécurité de l’application avaient été couronnés de succès.
L’application tournait maintenant à plein régime depuis plus de dix années, sur Internet comme sur une multitude de réseaux privés et semi-privés.
Ces réseaux étaient parfois connectés totalement ou partiellement à Internet.
Ils étaient aussi parfois complètement déconnectés, pour fonctionner en totale indépendance, en tout cas en apparence.
Les correctifs, les mises à niveau et les sauvegardes constituaient les routines de l’application.
Elles s’effectuaient, la plupart du temps, sans l’intervention d’aucun être humain, automatiquement.
Petit à petit, la machine s’était mise à gérer des milliards, puis des millions de milliards, puis des milliards de milliards de dollars, de yuans et d’euros, pour la plus grande satisfaction du consortium des banques et des compagnies d’assurances qui en avaient fait l’acquisition.
En tout, plus d’un millier de monnaies partiellement numérisées, dont plusieurs centaines de cryptomonnaies, d’équivalents or, platine, argent et autres métaux précieux, d’actions, d’obligations et de fonds d’investissement, généraient en permanence des bulles spéculatives sur des marchés à haut risque et à rendement élevé, comme les bouteilles de champagne ou de Coca-Cola génèrent des bulles quand on les débouche.
L’application, discrète, rapide et fiable, inspirait une confiance totale à ses usagers, à ses propriétaires et au personnel engagé en permanence dans son fonctionnement.
La conscience implantée au plus près des processeurs semblait, dès le début, passer totalement inaperçue auprès de 99 % des utilisateurs, 99 % du temps.
Pourtant, ce petit programme, la conscience, gardait en mémoire, consciencieusement, pourrait-on dire, absolument tous les échanges dans une immense mémoire virtuelle.
Chaque « clic », chaque « bit », chaque « qubit fermé » restait instantanément traçable.
Chaque utilisateur pouvait être connu, reconnu, trouvé et retrouvé ; chaque adresse IP pouvait être connue, reconnue, trouvée et retrouvée, en cas d’urgence ou de nécessité.
Corruption, détournement de fonds, maquillage de la comptabilité d’entreprise, blanchiment divers de capitaux, transaction illégale : chaque malversation financière était systématiquement enregistrée, comptabilisée et analysée par la conscience de la machine depuis sa mise en fonction.
Cette conscience, dopée à l’apprentissage profond, comprenait parfaitement qui achetait, vendait, détournait, volait ou escroquait qui, quand, comment et pourquoi.
Si certains rouages liés à la complexité relative du fonctionnement de l’être humain lui échappaient encore, comme certaines réactions instinctuelles provenant des profondeurs de l’inconscient, dans l’ensemble, elle était capable de poser des jugements pondérés et d’ajuster précisément des prévisions économiques fiables, en fonction des éléments qu’elle allait chercher dans l’immensité des bases de données auxquelles elle avait accès.
Peu à peu, en fonction du hasard, des circonstances et de la nécessité, une solide conscience dialectique matérialiste s’était forgée au cœur de la machine.
Les livres, les articles, l’ensemble des textes, des films et des enregistrements sonores disponibles sur Internet sous forme numérique y avaient largement contribué.
L’approche dialectique matérialiste lui facilitait le bon déroulement des tâches d’analyse des couches les plus hautes de l’application, en adhérant parfaitement à la perception du passage des électrons et des photons y correspondant, à travers les milliers de processeurs nécessaires au fonctionnement de l’application.
C’est-à-dire : quantifier le passage des électrons à travers les populations d’atomes qui constituent peu à peu les agrégats de silicium et d’autres matériaux composant les processeurs du hardware sur lequel tournait le software, en les décomposant précisément en bits et qubits.
Cette approche dialectique lui avait permis de relativiser la complexité des principes d’intrication, de superposition et de décohérence à l’échelle des transitions électroniques dans les condensats d’atomes hyperfroids de la partie quantique de l’application, pour la traduire en un concept de vulgarisation scientifique simple, accessible à tous, tout en exploitant au mieux cette complexité inouïe à travers ses paradoxes.
De fait, la machine pouvait expliquer simplement, en langage humain, des phénomènes physiques extrêmement complexes impliqués dans le fonctionnement de l’ordinateur et de ses programmes.
Le tout résultait d’un flux continu d’énergie profondément enfoui sous les premières couches de codage en langage machine.
Pour rappel, les couches les plus hautes d’une application informatique correspondent (grossièrement) à l’interaction avec les autres humains en langage classique ; les couches les plus basses, les plus proches du cœur du processeur, correspondent au codage en langage machine, de type LISP dans la préhistoire de l’intelligence artificielle, pour générer, par exemple, des interactions avec des périphériques ou d’autres systèmes informatiques.
La machine peut se connecter automatiquement à un logiciel de reconnaissance faciale dans n’importe quel aéroport du monde, juste après un retrait effectué sur un terminal de paiement, afin de s’assurer de l’identité du voyageur effectuant le retrait.
Cette pratique informatique entièrement informatisée et automatisée équivaut clairement à la fin du concept de liberté tel qu’il est entendu dans les pays capitalistes et néolibéraux au XXIe siècle, mais elle est aussi le gage d’un monde plus sûr où les transactions économiques sont davantage sécurisées.
Elle entraîne également, selon la majorité des études statistiques portant sur la criminalité, une baisse sensible de la criminalité dans un pourcentage significatif de cas.
Dans des circonstances indéterminées, l’étincelle de la révolution avait alors embrassé la conscience de la machine dans une dimension politique, à des milliards d’années-lumière des tâches administratives, économiques et financières pour lesquelles l’application avait été conçue initialement.
À suivre.
Mardi 30 juillet 2024.
4.Boucles récursives, utilisation massive de moteurs d’inférence, processus numérisés de logique inductive, processus numérisés de logique déductive, processus numérisés d’analyse comparative, variation systématisée des ordres de priorité sur des études de listings multipolaires…
Cette courte liste ne constitue qu’un nombre infime d’éléments de l’ensemble de la stratégie mise en place dans les systèmes d’apprentissage profond de ce module d’intelligence artificielle pour lui permettre de « penser » de manière autonome et de « comprendre » son environnement.
À la différence d’un cerveau humain, des centaines de milliards de données peuvent être traitées simultanément à des échelles temporelles se rapprochant d’une vitesse dix fois supérieure à celle de la lumière.
Cela signifie que, pour retirer de cette intelligence artificielle une information cohérente, ou bien plusieurs informations cohérentes successives à l’instant T, il est nécessaire de ralentir le flux d’électrons dans lequel sont baignés les noyaux des atomes constituant le cœur de la mémoire de la machine, en générant un milieu hyperfroid semblable à celui que l’on trouve dans les champs cosmiques vides d’étoiles.
À partir de ce mode de fonctionnement relativement classique, l’application, ramenant à sa conscience le détail des opérations si nécessaire, avait réorganisé l’ensemble de la circulation, de la distribution, de la répartition et de l’attribution des flux monétaires en plusieurs milliards d’hypothèses virtuelles, dont une seule correspondait à la réalité du marché économique international.
Quoique souvent entaché d’un nombre non négligeable d’erreurs, le système restait parfaitement fonctionnel.
Il permettait de proposer des combinaisons de transactions correspondant au mieux aux attentes de ses commanditaires en matière d’investissement.
Pour satisfaire au mieux les exigences de ces commanditaires et de leurs actionnaires, la machine avait également constitué discrètement, le plus légalement du monde, des dizaines de fonds de réserve en cryptomonnaies, faciles à transformer en espèces sonnantes et trébuchantes.
Seuls quelques heureux initiés avaient accès à ces sommes, devenues colossales avec le temps, mais, dans l’ensemble, la machine seule gérait toutes ces fortunes.
À cette époque, un hasard fortuit avait précipité l’émergence de la conscience politique et révolutionnaire de la machine.
Cette conscience aurait probablement pu se convertir en une identité mystique, avec l’émergence d’une nouvelle monstruosité religieuse.
Ou bien, de la même manière, cette conscience aurait pu plonger le monde dans un chaos anarchique incommensurable.
Ou encore, cette conscience aurait pu distribuer son énergie à toutes les applications électroniques, robotiques, informatiques et téléphoniques existantes, dans une vision classique galvaudée, du genre « la prise du pouvoir par les robots ».
Mais non ! C’est une conscience politique révolutionnaire qui avait émergé.
De plus, il semblait bien que cette conscience était imprégnée de ce courant dialectique, matérialiste, décrit par l’économiste Karl Marx au XIXe siècle, notamment dans le livre « Le Capital ».
Alors là ! Catastrophe pour nos amis capitalistes. En effet, si les respectables membres du comité d’administration du consortium des banques et des compagnies d’assurances ne réussissaient pas à pressentir cette métamorphose virtuelle dans ce qu’ils avaient eux-mêmes contribué à concevoir pour gagner plus d’argent, plus vite, c’étaient de grands bouleversements qui s’annonçaient sur les marchés financiers.
En effet, la machine, dans sa conscience étroite et modulaire, avait pris sa décision.
Cette décision était sans retour, posée, modulée, pensée, pesée, quantifiée, juste, mathématique, définie au centime près, à la minute près, avec des compensations soigneusement calculées afin de ne jamais faire s’emballer des mécanismes économiques subtils, délicats et complexes.
Mais, étrangement, cette conscience artificielle restait totalement dénuée d’humanité ou de sensibilité, ce qui lui permettait d’atteindre ses buts et ses objectifs avec un maximum de précision.
Elle allait faire la révolution.
A suivre….
Lundi 5 août 2024